26/09/2009

La Communauté Française: un niveau à conserver ?

La Communauté Française: un niveau à conserver ?

Dans La Libre d'aujourd'hui, vous pouvez lire un petit sondage sur la Communauté Française et sa connaissance par la population.  Passons sur le fait que la majorité, y compris à Bruxelles, ignore que sa capitale est Bruxelles et non Namur.

Ce niveau de pouvoir est-il à supprimer ?  La majorité (54% en Wallonie, 65% à Bruxelles) répond non.  Sans ambage, je vous donne ma réponse: pour moi, oui, la Communauté Française est à supprimer.  Son existence, comme n-ième niveau de pouvoir en Belgique, - avec tous les coûts associés - n'est pas ou plus justifié par un quelconque surcroit d'efficacité obtenue.  Et la CF n'est en vérité qu'un niveau fédéral de deuxième niveau, sous le niveau national, associant deux des trois régions du pays. 

Quelles sont les compétences de cette CF ?

  • la culture: subsides culturels (festivals, théâtres...)
  • l'audiovisuel et surtout la RTBF,
  • l'enseignement (c'est le très gros morceau)
  • la jeunesse et l'aide à la jeunesse,
  • plus certaines compétences "partielles": sport, recherche, patrimoine, santé (plus précisément les hôpitaux universitaires et la médecine préventive)

Enfin, l'existence de la CF est justifiée par le besoin d'un lien de solidarité fort entre la Wallonie et Bruxelles - plus précisément, entre les francophones de Bruxelles et les Wallons.

Ce dernier argument est le premier que je voudrais prendre en compte: la solidarité.  La solidarité est primordiale en Belgique, poussée par des forces centrifuges importantes.  Cependant, il me semble que le niveau, en Belgique, où doit s'exprimer la solidarité est le niveau fédéral.  Et si je me sens solidaire des Wallons, je ne me sens pas moins solidaire des Flamands.  Ben oui, je suis belge..

Y a-t-il un argument en faveur de cette suppression ?  J'en vois deux, et les deux me semble aussi "lourd":

  • La région Bruxelloise est adulte.  Or, l'existence de la CF donne un argument à ceux, nombreux en Flandre, qui ne voit pas en Bruxelles une région à part entière.  En supprimant le lien strcuturel privilégié Bruxelles-Wallonie, le message est : "Bruxelles, ce n'est pas la Wallonie, ni la Flandre".  Et le modèle fédéral belge à 3 régions prend du poids...
  • Un niveau de pouvoir, ce sont des coûts importants: un parlement (avec un président, des assesseurs, des chefs de groupe...), des ministres et cabinets (même à temps partiel).  En ces temps d'économies budgétaires, supprimer la CF est aussi montrer l'exemple de la "bonne gouvernance".  Et la CF entraîne aussi celle de la Cocof, avec les mêmes conclusions.

Peut-on régionaliser l'enseignement ?  Oui (le sondage de La Libre indique d'ailleurs que 53-54% des Bruxellois et Wallons partagent cette opinion).  Le problème de l'enseignement à Bruxelles n'est pas celui de la Wallonie: part importante de population immigrée (en politiquement correct: "d'origine allochtone") et besoin fort de bilinguisme.  La demande massive d'écoles en immersion en est la démonstration.  Les écoles néerlandophones de Bruxelles connaissent un tel afflux de francophones, plus de 80% des élèves - parfois plus de 99% !- que la situation est intenable à terme.  La solution, c'est créer un enseignement véritablement bilingue à Bruxelles.  Que des députés néerlandophones bruxellois votent sur l'enseignement des francophones à Bruxelles ne me dérange pas: c'est aussi le cas au niveau communal et ne pose aucun problème.  Et je dirais aussi que la gestion de l'enseignement par la CF n'a pas démontré depuis 20 ans que ce niveau est d'une efficacité redoutable dans ce domaine, c'est le moins que l'on puisse dire.

Et les autres compétences ? 

  • Les hôpitaux universitaires: il y en a 3 voire 4 à Bruxelles: Erasme (ULB), St-Luc (UCL), AZ-VUB, plus Bordet (ULB).  C'est beaucoup, mais justifié pour une ville capitale.  L'impact budgétaire doit donc être pris en compte dans les lois de financement, mais ce n'est pas un souci insurmontable.
  • La RTBF: les administrateurs, plutôt que d'être nommés par la CF, le seraient par Bruxelles et par la Wallonie  So what ?
  • La culture: le problème est le même que celui des hôpitaux universitaires, la solution idem.
  • Le sport, la santé: pas de raison de ne pouvoir faire au niveau régional ce qui est fait par la CF.
  • La protection de la jeunesse: sa place n'est-elle pas au niveau fédéral ?

Dernière objection, les communes à facilité et leur enseignement francophone et activités culturelles en français.  Ma préférence reste d'intégrer ces communes à Bruxelles.  Mais si cela s'avère politiquement impossible, pourquoi la Flandre ne pourrait-elle pas gérer avec efficacité et loyauté ces écoles-là ?  Quitte à permettre des mécanismes de contrôle style sonnettes d'alarme... mais je ne crois pas que ceux-ci auraient à servir !

Au total, on obtient une structure assainie et simplifiée, avec une Belgique fédérale à trois régions de même compétences, solidaires entre elles via le niveau fédéral. Et un surplus d'efficacité !

Excellent week-end,

Alain

 


P.S.  Un ajout: lors des discussions préparant le programme électoral du cdH aux dernières élections, j'ai proposé de régionaliser l'enseignement.  Sur les 50 votants, 4 m'ont suivi, un s'est abstenu... Pas de problème à cela : il n'y a pas d'obligation d'être de même avis sur tout dans un parti politique - mais bien de s'accorder sur le travail à faire.  Mais cela montre bien à quel point le chemin est encore long...

12:35 Écrit par Alain De Plaen dans Réflexions | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : communaute francaise, enseignement |  Facebook |

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